Cette 2ème édition des Rencontres de la Mobilité Internationale confirme le succès et le savoir faire de la première manifestation (le 25 juin 2008). Le groupe Novalis Taitbout a renouvelé le 8 juin 2009 le format de l'année précédente : conférences, tables rondes et ateliers thématiques sur le thème de la mobilité ont été menés à un bon rythme. Les participants n'ont pas vu le temps passer et ont à peine remarqué la pluie qui s'est déversée toute la journée sur le bois de Boulogne !
Un grand merci à Arcanéo pour l'organisation logistique qui a contribué à rendre cette journée si agréable. Et aux deux animateurs des tables rondes et conférences : Frédéric Ferrer, journaliste et maître de conférences à l'ESCP-EAP, et Nicolas Lagrange, journaliste BFM.
Vous trouverez dans les articles suivants les thématiques abordées dans chacune des tables rondes. N'hésitez pas à prolonger les débats ! Mais avant, faisons un détour vers les deux conférences plénières qui ont encadré les tables rondes.
Conférence plénière d'ouverture : Regards croisés sur le monde, Etats unis, Chine
Pascal BAUDRY, Professeur et Ecrivain, spécialiste de la culture américaine , auteur de "Français et Américains, l'autre rive".
Lihua ZHENG, Professeur de sociolinguistique à l'Université des Etudes Etrangères, Directeur du Centre de Recherche sur l'Interculturel.
Conférence plénière de clôture, avec Erik Orsenna .
Très différentes, ces deux conférences forment une sorte de boucle. L'introduction nous a appris à mieux gérer les relations interpersonnelles avec les Chinois ou les Américains (USA). La conclusion nous a fait voyager dans les sphères géopolitiques. Nous sommes passés de la sphère de la personne à celle de la planète...
Découvrir une autre culture est toujours déstabilisant . Ce qui est naturel dans une culture ne l'est pas dans une autre. Bien souvent, nous ne sommes pas conscients des "évidences invisibles" qui ont façonné depuis l'enfance notre mode de relation au monde et aux autres. Comprendre sa propre culture de l'extérieur, apprendre à communiquer en acceptant les différences, ne va pas de soi et nécessite un apprentissage et une grande ouverture. La France se situe quelque part entre le mode de communication très explicite des Etats-Unis, et le mode implicite de la Chine. Entre une relation structurée par la tâche, la loi applicable et le contrat (USA) , et une relation structurée par la place de l'individu dans le groupe, par la confiance et par l'importance de la "face" (Chine). A noter : Lihua ZHENG est coauteur d'un ouvrage très instructif et très plaisant :" Comment les Chinois voient les Européens" (PUF) dont nous avions déjà parlé dans notre rubrique "Chine".
Comprendre l'autre et sa culture différente, comprendre le monde et ses évolutions...
Erik Orsenna nous a invité en conclusion à un voyage à travers le temps et l'espace, tout en nous rappelant que "le voyage vous fait ou vous défait". A l'occasion de la parution de son livre ("L'avenir de l'eau : petit précis de mondialisation " faisant suite à "Voyage au pays du coton") , il nous a exposé sa vision de quelques grands enjeux de la planète, dans une perspective de développement durable : comment arbitrer entre les enjeux locaux et les problématiques globales ? Quel horizon pour la gouvernance : long terme ? court terme ? Quels équilibres privé-public?
Une idée forte dans ce discours de conclusion : dans un monde stable , on peut se contenter d'être un spécialiste. Mais dans un monde complexe , une culture générale transversale est indispensable pour comprendre les enjeux et la complexité des interactions.
La mobilité internationale est bien au coeur de cette problématique.
MH Millie
2èmes Rencontres de la Mobilité Internationale. 8 juin 2009
T able ronde :
Comment poursuivre l’internationalisation avec de nouveaux dispositifs moins coûteux ?
Animée par Frédéric Ferrer, journaliste et maître de conférence à l’ESCP-EAP
Intervenants :
Laurence AVRAM-DIDAY,Avocat Associé, Head of Human Capital, ERNST&YOUNG
Eugenia FORNIERI, Directeur Mobilité Internationale Groupe, DANONE
David PAYET-PIGEON, Head of International Mobility, L’OREAL
Brigitte POINCLOUX, Vice President compensation and Benefits, ALSTOM
La crise économique est l’invitée de tous les débats de cette année 2009. A ce titre, la mobilité internationale, réputée coûteuse, place les entreprises devant un dilemme. Les perspectives de développement des marchés sont définies aujourd’hui à une échelle mondiale. Comment alors poursuivre la croissance à l’international dans un contexte de resserrement des budgets ?
Les trois entreprises présentes sont une bonne illustration de ce phénomène. Elles présentent plusieurs points communs :
- Une forte part de leur activité à l’international (plus de 50% du CA et des effectifs dans les trois cas).
- Plusieurs centaines d’expatriés répartis dans le monde entier, avec des profils diversifiés (jeunes potentiels, managers, dirigeants…) et transversaux (mobilité entre pays tiers).
- Une activité peu impactée par la crise : celle-ci se traduit par une réduction de la croissance et une volonté de rigueur dans la gestion des coûts.
Ces entreprises ont une bonne expérience de la gestion de la mobilité internationale et ont donc déjà mis en place des politiques élaborées. Néanmoins, toutes sont dans une logique de réduction des coûts et d'équité entre les salariés du groupe. Quelles sont les tendances constatées ?
Ø La fin des politiques uniformément généreuses, avec une tendance à la différenciation des packages selon les pays, le type de mission, le niveau d’expérience.
Ø Une limitation, voire une suppression des primes d’expatriation, excepté dans les pays particulièrement difficiles.
Ø Un salaire défini le plus souvent sur une approche « Local plus » dans les pays proches (Europe Occidentale).
Ø Une limitation des dépenses liées au logement et aux voyages : la nature et le montant des dépenses sont surveillés de près. De plus en plus, les salariés doivent prendre en charge une partie (parfois l’intégralité) de ces dépenses. On observe parfois l’attribution d’une sommes globale plafonnée que l’expatrié est libre d’affecter comme bon lui semble (logement, voyages, scolarité…). Ce point a d’ailleurs été évoqué dans d’autres tables rondes par d’autres entreprises.
Ø Un développement marqué du commuting : ce n’est pas un objectif formulé officiellement mais une tendance de fait.
Ø Un maintien du niveau de protection sociale.
Ø Une volonté de développer à terme les compétences dans les pays émergents (le nombre d’expatriés ne diminue pas pour l’instant mais la réflexion est engagée).
Les entreprises essaient d’améliorer leurs systèmes d’information pour avoir une visibilité claire des coûts de la mobilité. Cette démarche est confirmée par le point de vue d’ERNST& YOUNG en tant que conseil. Il est encore possible de progresser dans la rigueur : suivi de l’évolution des règles fiscales et sociales des pays (afin de mettre à jour et optimiser les packages), impact sur la fiscalité des entreprises (les charges sont-elles déductibles au titre de l’impôt sur les sociétés ?). Le commuting doit être étudié avec soin car il est particulièrement complexe en matière de fiscalité. Les économies apparentes par rapport à un déménagement de la famille demandent à être étudiées au cas par cas.
Ces échanges ont confirmé les tendances constatées par des enquêtes récentes. Notamment l’étude d’ORC présentée le 27 mai 2009 à la Chambre de Commerce Américaine (AmCham). Les entreprises européennes, soucieuses de réduire les coûts de la mobilité, concentrent leurs efforts sur les points suivants (par ordre d’importance) :
- La réduction des voyages non essentiels.
- La localisation des expatriés (statut local chaque fois que c’est possible).
- L’optimisation des différentiels de coûts de vie.
- La différenciation selon le type de missions.
- La baisse des avantages logement.
Que penser de ces évolutions ?
L’âge d’or de l’expatriation où des conditions très généreuses permettaient aux salariés mobiles de s’enrichir semble bien révolu ! La rigueur est un acte rationnel de gestion et il est cohérent de s’en préoccuper. Toutefois plusieurs questions se posent :
Ø Attention à ne pas privilégier le court terme au long terme. La réflexion sur la baisse des coûts est délicate car relative à des enjeux de développement stratégique. Ce ne sont pas des coûts de fonctionnement, mais des investissements dont il faut pouvoir mesurer le retour. Jusqu’où aller dans la démarche ? Attention à ne pas franchir la ligne : il n’est pas bon (pour la réussite des missions) de faire partir des salariés trop mécontents de leur sort… avec le risque de ne plus avoir de candidat au départ in fine. Bien sûr, il est possible de développer les compétences des salariés des pays étrangers. Mais cela prend du temps, cela a un coût, et cela a des conséquences sur le mode de contrôle exercé à l’étranger, sur la coordination des projets, sur la constitution d’une culture groupe…
Ø La banalisation de la mobilité dans le cadre de la carrière redessine la répartition et l’organisation du travail à l’échelle de la planète. Des abus ont été observés dans le passé : une générosité excessive conduisait à constituer une caste d’expatriés privilégiés impossibles à réintégrer. A l’inverse, considérer la mobilité comme « normale », nier les difficultés qui peuvent être liées à cette condition, risque d’aboutir à l’effet inverse. La concurrence sur les marchés est désormais mondiale, y compris sur le marché du travail. Banaliser la mobilité renforce cette concurrence (entre les salariés…et entre les organisations) et il n’est pas sûr que ceci renforce l’engagement des salariés vis-à-vis de leur entreprise. Fidéliser les talents a aussi un coût…
Le problème est donc complexe. Une chose est sûre : la réduction des coûts ne doit pas être une fin en soi, mais doit être reliée aux enjeux globaux.C'est une réflexion transversale et pas seulement une affaire de techniques.
MH Millie
Session 1- 2ème rencontres de la Mobilité Internationale
Animés par Frédéric Ferrer, journaliste et maître de conférences à l’ESCP-EAP
Intervenants :
Sandrine AMAR Head of Alstom Expatriation Centre
Sylvie LEBLANC Continental Europe Mobility Hub Leader, Ernst & Young
Blandine GRASSO, International Mobility Manager, Industrial Division, DECATHLON SA (OXYLANE GROUP)
La diversité des entreprises présentes a permis d’avoir des témoignages de nature très différente.
Le recours aux compétences locales. Chez Décathlon la situation est particulièrement avancée. L’entreprise connaît une augmentation importante des transferts de ressources locales vers le siège. Ces collaborateurs sont originaires de l’Asie du Sud Est, essentiellement de Chine. Les Indiens et les Thaïlandais constitueront les prochaines vagues d’arrivée. Beaucoup ne souhaitent pas se déplacer en famille. En les faisant venir au siège à Lille, Décathlon souhaite former ces salariés à la culture de l’entreprise, les aider à se créer un réseau, sans perdre de vue l’économie réalisée lorsqu’ils repartiront dans leur pays occuper un poste à responsabilité(ils peuvent devenir responsables de bureau ou de zone à la place d'un expatrié.) En France, des collaborateurs chinois managent déjà des équipes françaises.
Une mobilité aussi développée reste encore rare en France même si le recours à des cadres non français se développe de manière très ferme. Cette Mobilité inscrit le développement des compétences des cadres non français dans les objectifs de développement stratégique de l’entreprise et participe à la réduction des coûts. Un recours aussi intense aux compétences locales n’est probablement pas possible pour tous les groupes à l’heure actuelle. Il aurait été intéressant d’investiguer plus profondément comment cette mobilité a pu se développer et sur quelle période.
Le commuting a beaucoup été évoqué au cours des diverses tables rondes. Pratique souvent considérée comme onéreuse et sans avantage réel, il semblerait que les entreprises se penchent désormais sur cette formule sans toujours y recourir officiellement. Tous les intervenants ont reconnu que cette formule souple d’apparence, exige un suivi administratif beaucoup plus compliqué. La situation évolue souvent en temps réel. Il faut une très grande rigueur.Tous les intervenants se sont accordés pour reconnaître que les missions de courte durée échappent souvent au contrôle du Mobility Centre. Certains grands voyageurs sont devenus des commuters sans que personne ne s’en aperçoive. Ces situations de fait exposent les entreprises à des risques en matière légales, sociales et fiscales. Beaucoup de responsables RH n’ont pas conscience de toutes les obligations découlant de l’envoi d’un salarié, y compris à court terme, en dehors de nos frontières. Il ne faut pas non plus négliger les conséquences moins visibles mais tout aussi importantes en termes de déficit d’image pour l’entreprise.
Le moyen évoqué par tous les participants afin de diminuer ces cas est de développer des relations directes avec les RH locales. Il s'agit de les rencontrer sur le terrain, organiser des réunions régulières afin de les informer de tous les risques et conséquences que ces situations peuvent faire naître. Comme ils craignent le risque lié à l’immigration (l’entreprise risque d’être privée de son salarié), c'est un bon moyen pour commencer leur sensibilisation.
Le commuting reste encore une formule confidentielle, peu développée. Chez Alstom, même si on pense qu’il n’est pas nécessairement plus cher (frais de logement réduit par rapport au logement d’une famille, frais de scolarité éliminés) qu’une expatriation, il demeure réservé à des postes de senior exécutif. Chez Décathlon, il y a peu de commuting.
La question de la réduction nécessaire des coûts liés à l'expatriation va probablement forcer les entreprises à évaluer toutes les formes de mobilité. Les années précédentes les localisations (Plus ou non) ont eu la faveur des entreprises, le commuting sera peut-être le prochain mouvement.
Françoise Menou
2èmes rencontres de la Mobilité Internationale
Animé par Nicolas Lagrange, journaliste BFM.
Intervenants :
Lorenzo CORNUAULT Directeur du V.I.E., UBIFRANCE
Stéphane VALLEE, Human Resources Director, BOUYGUES BATIMENT INTERNATIONAL
Véronique JAIN-CAZELLES, Responsable RH Projet Laos, EDF DPIH
Patrick BENAMMAR, Directeur des Projets RH, VALEO
Laure BAYET, Responsable des V.I.E. , SOCIETE GENERALE
La table ronde s’est ouverte sous l'éclairage conjoncturel de l’impact de la crise économique.
La répercussion est différente selon les activités des entreprises. Par exemple, le bâtiment suit un cycle décalé. La prise de commandes a été très bonne jusqu’à la fin Août 2008 pour des grands projets (Bouygues) dont la réalisation prendra de 2 à 3 ans. Ces projets ont donc nécessité le recrutement de locaux et d’expatriés.
Chez VALEO, il y a certes des fins de mission qui ne sont pas suivies de remplacement. Mais on s’attache surtout à analyser le poste afin de s’assurer qu’il apporte réellement quelque chose à l’entreprise : soit du transfert de technologie, soit sur le plan du développement de carrière. L’application de la politique est très strictement respectée.
Cette étape n’est pas toujours intégrée dans le processus d’expatriation. Elle est cependant cruciale : définir pour chaque poste sa contribution à la réalisation des objectifs stratégiques de l’entreprise permet d’une part d’exercer un vrai contrôle sur les départs et d’autre part de donner une véritable plus-value à la carrière du salarié. La mission doit avoir autant de sens pour l’entreprise que pour le salarié. Il est nécessaire de déterminer qui est responsable de cette étape et à quel moment.
Dans tous les cas l’expatriation est un tremplin. Elle permet la promotion des cadres nationaux. Même si on favorise de plus en plus le développement des cadres de pays tiers.
Ce mouvement en direction des cadres de pays tiers est vraiment apparu comme une tendance nettement affirmée cette année. Timidement évoquée dans le passé, elle semble être de plus en plus développée. Il est dommage que cet axe n’ait pas été plus développé au cours de la conférence (comment repère t-on ces talents locaux ? Comment les intègre t-on dans la mobilité internationale du groupe ? quels plans de carrière a-t-on pour eux ?)
Les potentiels à l’international se gèrent de manière directe (par exemple chez Valeo, un référentiel de compétences adapté à l’international utilisé lors de l’entretien annuel sert à mesurer la capacité de travailler à l’étranger) ; mais aussi de manière plus indirecte par la place que l’entreprise donne à la mobilité internationale. Bouygues Bâtiment international affiche clairement la nécessité d’une grande fluidité des ressources. (Ce qui tout à fait en phase avec la nature internationale de leurs chantiers.)
Certains, comme Valéo, développent également une exposition progressive à l’international afin d’éviter l’échec en expatriation. Tout au long de sa vie professionnelle, on met le salarié qui a émis le vœu de partir, en contact avec d’autres nationalités au travers de projets ou de formations.
Cette internationalisation progressive est intéressante. Si elle apparaît compatible avec la taille et le développement de l’entreprise elle constitue une piste à creuser.
Tous les acteurs présents ont reconnu que les jeunes représentent un vrai talent sur lequel il faut compter, et qu'il faut donc développer. Le VIE est un dispositif unique en France (et en Europe d’ailleurs) qui permet aux entreprises de maintenir un vivier international fluide. La SG a mis en place un vivier de jeunes talents.
Bouygues constate un fort appétit d’international chez les jeunes. L’entreprise utilise le VIE comme un sas préalable à l’intégration dans des équipes internationale et/ou sur un projet international. Ils sont embauchés et traités comme un collaborateur normal, et bénéficient d’un accompagnement à l’arrivée et au retour.
Pour Valéo à la recherche de profils atypiques, le VIE représente l’opportunité d’attirer de jeunes européens que l’on n’aurait pas pu identifier autrement. Le programme s’avère particulièrement utile lorsqu’une filière non valorisée en France présente un déficit de compétences locales.
Avec la crise, les candidats sont plus ouverts : ils acceptent plus facilement des missions dans des pays et/ou des entreprises qui ne correspondent pas à leur premier choix.
Lorsqu’une mission prend fin avec la fermeture de l’entité qui accueillait le VIE, Ubifrance a soit procédé au placement dans une autre filiale de l’entreprise, soit exceptionnellement transféré le VIE dans une autre entreprise mais dans le même pays.
Il semble difficile d’imaginer que tous ces jeunes deviendront des dirigeants ou les personnes clés de demain (déjà par manque de place!) Mais le VIE reste un bon moyen de tester de jeunes recrues pour un coût très attractif et de développer une catégorie spécifique de cadres réellement internationaux, d'une part du fait de leurs missions à l'étranger et d'autre part par le recrutement de plus en plus important de jeunes européens.
La conférence s’est ensuite penchée sur le cas des chantiers extrêmes et le cas du chantier EDF au Laos.
Toutes les entreprises présentent se sont accordés pour reconnaître que le retour doit également faire l’objet d’une attention et de mesures particulières.
Selon Véronique Jain-Cazelle un mauvais retour « génère » dix candidatures en moins !
De quoi faire réfléchir…
Françoise Menou
2èmes Rencontres de la Mobilité Internationale. 8 juin 2009
Table ronde
Mécanisme d’actionnariat et retraite : quels sont les enjeux en cas de mobilité internationale ?
Animée par Nicolas Lagrange, journaliste BFM
Intervenants :
Bruno CARLIER, Head of compensation and Benefits,BNP PARIBAS
Hugues FOURAULT,Responsable Avantages Sociaux, Mobilité Internationale, SOCIETE GENERALE
Didier HOFF, Avocat Associé, responsables des activités Human Capital,FIDAL (à titre de conseil)
Mickaël MASSET, Head of People REward, Pensions and HR, DEXIA
Trois banques pour évoquer ces sujets financiers et très techniques : stock options, épargne salariale, retraite…
Là encore, nous observons certaines similitudes dans les politiques affichées. Les conditions accordées au salarié n’ont pas été abordées (ce n’était pas l’objectif de la table ronde) mais les intervenants ont échangé sur leurs pratiques de gestion.
Quel fil conducteur ?
- En matière de Stock Options et d’épargne salariale, ces sociétés ne pratiquent pas d’égalisation fiscale. Ceci mène évidemment à des différences de traitement selon les pays qui ont tous des règles différentes. Certaines destinations sont plus avantageuses que d’autres en termes de fiscalité des Stock Options …
- L’accent est mis sur l’information des salariés, avec une consultation ou une communication fiscale systématique.
- Les Responsables RH des pays d’accueil sont impliqués : les informations sur les bénéficiaires et la nature de leurs avantages leur sont communiquées et ils sont sollicités sur l’aide pratique à apporter au salarié. .
- Les systèmes de retraite veillent à conserver dans la mesure du possible le niveau de protection du pays d’origine. Dans certains cas, en partie pour pallier aux différences de niveaux de protection, une société est créée dans un pays tiers (La Suisse) d’où seront détachés les salariés mobiles.
Sur ces questions complexes, difficile de tirer un bilan en 45mn. Les questions évoquées dans le programme ont été simplement évoquées et pour cause : chacune d’elles aurait mérité des explications techniques approfondies pendant quelques heures… La retraite est un sujet sensible mais très peu de salariés bénéficient d’un bilan personnalisé. (hormis les cadres dirigeants).Or le fait de circuler dans plusieurs pays met en scène des lois nationales différentes, des règlements internationaux et les calculs de totalisation des points sont particulièrement complexes. Dans un monde idéal, la réflexion sur la retraite se ferait au moment de la constitution du package, mais ce n’est pas le cas car chaque situation est unique (pays, durées…et où la personne souhaite-t-elle passer sa retraite ?) et nécessite une étude particulière, ce qui est évidemment coûteux.
Pourtant, ce sujet est un enjeu important des années à venir. Ayant assisté en 2008 à une conférence sur la mobilité internationale à l’ESCP Europe (ESCP-EAP), j’ai été surprise de la mobilisation des jeunes diplômés et des étudiants sur les questions de retraite. Ils sont prêts à accepter des packages moins avantageux et à renoncer à certains avantages, mais la protection sociale (retraite et chômage en particulier) est un grand sujet de préoccupation. Il faudra donc en tenir compte dans les politiques de mobilité futures.
MhMillie
Session 3- 2èmes Rencontres de la Mobilité Internationale
Animé par Frédéric Ferrer, journaliste et maître de conférence à l’ESCP-EAP
Intervenants:
Dominique PARIS, Vice President HR Policies and Systems, AREVA
Pascal LOBRY, Directeur Ressources Humaines, SPIE OIL & GAS SERVICES
William SEEMULLER, DRH en charge de l’Internationale, VEOLIA ENVIRONNEMENT
La structure de la mobilité n’est pas la même selon l’activité de l’entreprise et selon le nombre de personnes en mobilité. Cela semble évident et pourtant.. il est nécessaire de le rappeler tant les répercussions sur la fonction sont importantes.
Une entreprise comme Areva, a besoin de compétences très pointues (pôle nucléaire) dont l’acquisition exige beaucoup de temps. L’entreprise doit aussi résoudre des problématiques familiales (lieux d’expatriation très isolés). Ces contraintes ne l’empêchent pas de s’interroger sur les coûts.
Chez SPIE, dont l’activité est liée au pétrole, la mobilité fait partie de la vie des salariés (il n’y a pas de pétrole en France !)
Veolia a plus de candidats que de postes disponibles à l’étranger.
Comme toujours avec la Mobilité Internationale il n’existe pas de solution unique ou prête à poser !
Toutes ces différences ont des répercussions sur le type de packages. Je devrais plutôt dire le poids du package. Les packages s’alourdissent ou s’allègent en fonction du niveau hiérarchique, de la rareté de la compétence, du nombre de volontaires …
L’internationalisation des cadres (envoi de cadres non français) pose également de nouvelles questions. Il faut pouvoir offrir une solution pour des mouvements totalement internationaux : un vénézuélien qui est envoyé en Colombie, un Hongkongais aux Emirats arabes.
L’entreprise doit donc définir son organisation : centralisée ou décentralisée ?
Là encore les témoignages des intervenants ont fait apparaître une multitude et une diversité de situations, tant liées à leurs activités, qu’à leur histoire (rachats d’autres entités), qu’à leur expérience de l’international.
La recherche d’un outil commun pour l’ensemble du groupe est une question que beaucoup semblent se poser en ce moment.
Les entreprises présentes ont mentionné les difficultés suivantes :
- Implanter et faire respecter une politique unique. Avoir une politique suffisamment homogène pour s’appliquer également au plus grand nombre tout en étant capable de gérer des cas particuliers.
- Avoir un outil capable de faire les calculs automatiquement (le binôme excel + fournisseur de données est très lourd à gérer en termes de temps passé, du nombre de personnes employées.)
-Utiliser le temps dégagé par l’outil pour s’occuper plus de l’expatrié.
- S’assurer que les risques liés à la « non compliance » sont aussi limités que possible ce qui induit une très bonne information/formation des dirigeants des filiales.
- Suivre les évolutions locales relatives aux règles d’immigration
- Gérer les risques liés à la santé et à la sécurité.
L’enjeu majeur est d’harmoniser les processus non plus au travers d’une politique commune que beaucoup ont déjà écrite, mais de l’harmoniser dans son application (mouvement de centralisation.)
Pour le moment, peu nombreux sont les groupes qui sont parvenus à sa mise en œuvre.
L’outil choisi doit vraiment être capable de gérer toutes les étapes de la Mobilité dans le respect de la politique. Nombres d’entreprises qui ont racheté ou ont été rachetées connaissent un certain nombre de politiques qui coexistent.
Cet outil doit être développé en intégrant des mesures de l’efficacité internationale (pas seulement le coût d’une expatriation qui est d’ailleurs plutôt connu) ; mais des tableaux de bord permettant de mesurer, suivre et contrôler les dimensions de la mobilité internationale (en vrac : quel est le taux de remplacement d’un expatrié par un local ? Quelles nouvelles compétences internationales doit-on intégrer dans la gestion des carrières ? Quelle est le pourcentage de femme ? Quel est le taux de démission après un retour ? Quelle est l’âge moyen des expatriés ? …etc) Chaque entreprise doit étudier les données qui lui sont nécessaires.
Ensuite seulement, l’externalisation pourra être envisagée.
Comme l’a dit Mme Paris, outsourcer le process n’est possible que si l’on connaît bien le process et que l’on sait ce que l’on en attend.
Une chose simplement énoncée qui recouvre une réalité autrement plus complexe à atteindre. Toutes les entreprises n'en ont pas conscience.
Françoise Menou
2èmes Rencontres de la Mobilité Internationale. 8 juin 2009
Table Ronde
La gestion des retours : facteur clé d’intégration de la mobilité internationale dans le projet global de développement des talents.
Animée par Nicolas Lagrange, journaliste BFM.
Intervenants :
Pierre-Marie CUSSET, RRH International GROUPE ADEO
Stéphane VALLEE, Human Resources Director, BOUYGUES BATIMENT INTERNATIONAL.
Les deux intervenants ont abordé le retour comme l’aboutissement d’un processus préparé dès avant le départ. Un retour réussi c’est avant tout une mission qui a réussi. Ils ont tous deux insisté sur :
- L’importance de la qualité de la sélection, et en particulier sur l’analyse des ressorts de motivation à l’expatriation (l’expatriation ne doit pas être une fuite mais un projet positif) et sur les qualités attendues en termes de personnalité et d’adaptabilité.
- L’importance du projet familial : mieux vaut éviter de faire partir un salarié dont la famille n’approuve pas le projet d’expatriation.
- L’importance de la préparation, sur les plans matériels et logistiques mais aussi interculturels.
- L’importance du suivi pendant la mission, avec des contacts réguliers et un questionnement sur les projets de l’expatrié à son retour.
- L’importance de l’anticipation : se préoccuper du poste de retour plusieurs mois avant la date prévue !
Reste que ces conditions nécessaires ne sont pas toujours suffisantes. Plusieurs problèmes peuvent se poser :
ð Les retours sont parfois précipités dans un contexte de crise ou de resserrement des budgets et l’anticipation affichée dans l’idéal n’est pas toujours possible dans la pratique.
ð Les postes disponibles ne le sont pas nécessairement au bon moment et en nombre suffisant (un des intervenants a d’ailleurs évoqué le fait que certains postes se trouvaient parfois en doublon pour gérer les décalages de date). D’où l’importance de prévoir dans le SIRH une communication sur les ouvertures de postes.
ð Les directions opérationnelles et fonctionnelles du pays d’origine ne connaissent plus forcément très bien le salarié qui est parti depuis longtemps. D’où l’importance du lien organisé par le DRH, et la nécessité d’éviter des expatriations trop longues.
ð Les salariés eux-mêmes ont parfois du mal à se réintégrer et à se motiver car leur poste de retour présente souvent moins de défis que leur expérience internationale. En particulier pour les deux sociétés concernées pour qui les postes en expatriation sont souvent des projets de chantier ou d’ouverture de magasins. Pour cette raison, les managers du pays d’origine hésitent parfois à les intégrer dans leurs équipes.
Ces questions sont évoquées depuis plusieurs années déjà. Malgré tout les études montrent que la gestion des retours est le point perçu comme le plus insatisfaisant par les salariés et que le taux de départ est non négligeable dans les mois suivants ces retours. Une partie des raisons tient probablement aux salariés eux-mêmes et aux transformations que l’expérience internationale a provoqué sur leurs projets de vie et sur leurs attentes personnelles. Malgré tout, les entreprises n’ont pas d’autre choix que de chercher à améliorer la situation. Elles attendent un retour sur investissement bien sûr. Mais aussi : comment attirer les candidats à l’international si les retours apparaissent comme un échec en termes de progression ? Les compétences acquises à l’international sont souvent méconnues, rarement évaluées.
Comment vendre l’aspect international de la gestion des carrières s’il apparaît que dans un certain nombre de cas l’international…marque la fin de la carrière !
Indispensable donc : la collaboration RH-mobilité, RH- gestion des carrières, Directions opérationnelles .Pas si simple à mettre en pratique.
MH Millie
2èmes Rencontres de la Mobilité Internationale. 8 juin 2009
- ulysse
- Dimanche 14/06/2009
- 10:00

FOCUS Pays
« Etats-Unis, les pièges de la ressemblance »
Nancy BRAGARD, consultante AKTEOS
Atout de cette manifestation : la possibilité d’échanger en petits groupes sur un thème choisi. Dans la continuité de la conférence du matin, j’ai poursuivi ma quête sur les Etats-Unis. Les débats ont été animés avec brio par Nancy BRAGARD qui possède la double culture France-USA. La plupart des entreprises occidentales aujourd’hui fonctionnent sur un mode de management importé des Etats-Unis. Pays que nous croyons connaître par nos voyages, par les medias, par le cinéma et la musique…et pourtant, la communication n’est pas toujours facile et les malentendus sont nombreux.
Le point marquant est évidemment le caractère explicite de la communication aux USA (il faut dire les choses clairement) et implicite en France (les choses ne sont pas toujours dites mais supposées ou sous entendues…). Mais d’autres facteurs viennent accentuer les divergences : la posture volontairement positive et tournée vers l’action des USA, la position parfois critique et négative des Français qui ont peu d’indulgence pour les erreurs et les échecs et qui débattent indéfiniment des problèmes. Tout cela aura des conséquences sur la communication, le mode de management, la prise de décision et la négociation. Nancy BRAGARD nous a illustré ces points grâce à de nombreux exemples concrets et vivants.
Difficile de faire un compte rendu rapide de cet atelier sans le dénaturer. Le fait marquant est la motivation des participants : dans un colloque sur la mobilité, on aurait pu s’attendre à ce que la préparation des expatriés soit la principale question. Elle est présente bien sûr mais surtout, les participants ont fait état de leur propre difficulté de communication au quotidien avec leurs collègues américains. Dans les groupes internationaux, le contact avec « l’étranger » existe même lorsqu’on exerce un métier sédentaire, et ceci pour un nombre croissant de salariés. La sensibilisation aux facteurs interculturels pourrait donc être étendue au-delà de la population des expatriés (Mais c’est sans doute un rêve...).
MH Millie
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